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Le statut particulier des professeurs municipaux des écoles de la ville de Paris

mercredi 30 janvier 2013

Article extrait de "La Lettre de l’Éducation" n°763 28 janvier 2013

Claude Lelièvre : « Les professeurs parisiens tiennent peut-être plus que d’autres à quelques avantages acquis »

Claude Lelièvre est professeur émérite d’histoire de l’éducation à l’université Paris-Descartes (Paris-V).

Près de 80% des enseignants parisiens ont fait grève, le 22 janvier, pour protester contre la réforme des rythmes scolaires mise en place dès septembre à Paris. Une mobilisation massive ; historique, disent certains. Comment analysez-vous son ampleur ?
Sur la question des rythmes, les différents sondages effectués auprès des professeurs des écoles au niveau national, aujourd’hui comme en 2008 - lors de la suppression du samedi matin travaillé -, ont toujours montré un corps enseignant partagé, avec, en gros, moitié de favorables à la réforme, moitié de défavorables. On ne peut pas nier, pour autant, la caractéristique toute parisienne de la mobilisation du 22 janvier : les enseignants redoutent une réorganisation imposée des fonctionnaires territoriaux que sont les professeurs de la Ville de Paris (PVP). Ils craignent que ces PVP, qui les déchargent de trois heures trente d’enseignement par semaine - en éducation physique et sportive (EPS), en éducation musicale et en arts plastiques -, puissent être « utilisés » autrement, notamment pour les trois quarts d’heure d’activités périscolaires quotidiennes à mettre en place pour alléger les journées de classe.

Les professeurs municipaux sont une exception en France. D’où vient ce « corps », comment intervient-il en classe ?
Ils sont aujourd’hui 765 PVP environ à enseigner trois disciplines dans le cadre des programmes de l’éducation nationale : une heure hebdomadaire d’arts plastiques, une heure d’éducation musicale et une heure et demie d’EPS. C’est une particularité très ancienne, instituée sous la monarchie de Juillet. Au début de la IIIe République, des professeurs municipaux intervenaient dans d’autres grandes villes comme à Lyon, mais ça n’a pas duré. Aujourd’hui, les PVP n’ont pas d’inspecteurs spécifiques mais sont suivis par une « mission » créée dans les années 1980. Ils sont incités à mener des activités extérieures à l’école en lien avec des institutions culturelles de la capitale.

Que sait-on de leur recrutement et de leur formation ?
Ils passent un concours organisé par la Ville de Paris qui, aligné sur celui des professeurs des écoles, est ouvert aux titulaires d’un master 2. Une fois qu’ils l’ont obtenu, ils bénéficient d’une formation complémentaire, à raison de six heures hebdomadaires la première année, de trois heures hebdomadaires la seconde. La formation continue représente environ cinq journées par an. L’accent est mis sur le lien à tisser entre professeurs municipaux et professeurs des écoles, mais je ne saurais dire si sur le terrain cette coopération est efficiente.

Leur statut a-t-il déjà été remis en cause ?
Les PVP n’ont le titre officiel de professeur que depuis les années 1980. Et ils n’ont obtenu un statut équivalent à celui des professeurs des écoles qu’en 1990. Du point de vue des horaires, ils doivent vingt heures par semaine - un peu moins que les professeurs des écoles, un peu plus que les certifiés. Un arrêté de 2001 affirme que l’ensemble des services des professeurs de la Ville de Paris doivent s’exercer dans le cadre de l’école élémentaire. Il faudrait un autre arrêté pour que cela soit modifié. Pour les enseignants municipaux, si menace il y a, elle vient plutôt des animateurs, comme les éducateurs sportifs des activités de la natation scolaire (ESAN), dont ils estiment qu’ils pourraient empiéter sur leurs services.

Les enseignants ont vivement réagi aux accusations larvées de « corporatisme » après la grève parisienne, dans la presse notamment. Quelle est votre position ?
Je pense qu’il y a des raisons spécifiques à ce que les professeurs parisiens tiennent peut-être plus que d’autres à quelques avantages acquis. Des raisons, aussi, qui expliquent que pour ces enseignants, le retour au mercredi matin travaillé est vécu comme une charge supplémentaire particulièrement lourde. A regarder la répartition des candidats au concours, on s’aperçoit que l’attractivité de la capitale est beaucoup plus faible que ce à quoi on pourrait s’attendre. Beaucoup d’enseignants parisiens n’ont pas les moyens de se loger à Paris, par exemple. C’est en cela que la mobilisation du 22 janvier représente, à mes yeux, d’abord une grève de « précaution », plutôt qu’une grève de rapport de force.

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